Critique de film : Vivarium (2019)

Résumé du film Vivarium (2019 : Un jeune couple à la recherche de la maison idéale se retrouve coincé dans un mystérieux quartier-labyrinthe constitué de maisons identiques.

Ressenti : Un vivarium est un espace aménagé pour reproduire le milieu naturel d’animaux en observation. Cet espace, réduit par rapport à l’habitat d’origine, mélange les éléments naturels et artificiels pour donner l’illusion de la Nature. Bien que mal à l’aise et développant des troubles du comportement, comme dans un zoo, l’animal s’adapte tant bien que mal à cet environnement bricolé…

Gemma et Tom se retrouvent piégés dans un lotissement qui ressemble à ces zones pavillonnaires de banlieues. Ils ne peuvent en sortir et leur nouveau « milieu naturel », par exemple le ciel sans vent et sans avion avec les nuages immobiles, le gazon qui se rétracte et se reconstitue, évoque à la fois la peinture surréaliste et le produit de synthèse. La maisonnette, multipliée à l’infini dans un dédale d’allées et de blocs, est une image numérique qui représente l’habitat prétendument « naturel » alors qu’elle n’a été conçue que par ordinateur et projetée sur l’écran. Pourtant, le couple pénètre dans la maison. Ils vivent donc à l’intérieur d’un simulacre. Sont-ils observés ? Pas par des caméras mais par le garçon qu’ils élèvent…
La maison aménagée est l’univers dans sa totalité, sans extérieur. Les autres maisons font partie du décor et l’espace est replié sur lui-même. Ne parvenant pas à retrouver la sortie avec sa voiture, Tom monte sur le toit. Il ne voit aucune limite au lotissement qui s’étend à l’infini. Il décide pourtant d’avancer à pieds, toujours en ligne droite, en traversant les cours. Au bout d’un moment, il revient à son point de départ, la maison n°9, la sienne, comme si il avait fait le tour du monde. L’impossibilité de s’échapper horizontalement donne l’idée à Tom de creuser le sol du jardin pour une échappée verticale, et il entend des voix. En vain ; le tunnel sera une fosse…
Une deuxième clé est offerte dès les premières scènes. Gemma, l’institutrice, invite les enfants de sa classe à imiter les arbres. Puis elle découvre un cadavre d’oisillon rejeté du nid par un jeune coucou qui a pris sa place. Effectivement, certaines espèces d’oiseaux, dont les coucous, sont obligés de pondre dans le nid d’une autre espèce car elles sont incapables de construire un nid et donc d’élever leurs propres petits. Ce parasitisme est dit interspécifique quand il concerne des oiseaux d’espèces différentes. Les intrus tuent les petits des espèces parasitées pour pouvoir être nourris par les adultes. Robustes et dotés d’une croissance rapide, ils font la loi dans le nid tout en étant capables d’apprendre le chant et la posture de leurs parents adoptifs pour les tromper. Avant l’éclosion ou juste après, les parents coucous exercent aussi une surveillance aux alentours du nid parasité. Dès les cinq dernières minutes de l’enquête sont ici les premières. Tout est résolu d’avance : le grand méchant système qu’il s’agira de dénoncer pour Lorcan Finnegan ne sera rien d’autre que le ventre de la bête nourri par chacun de nos actes quotidiens…
film débute par une Scène de chasse qui n’a pourtant pas lieu en Bavière, mais, rassurante, la scène de chasse, entre animaux, dans un vert naturel comme l’espoir d’un écologiste qui croirait encore, par Toutatis, que le ciel ne lui tombera pas bientôt sur la tête, nature naturelle et pourtant tout aussi cruelle. On y voit un coucou gris, une espèce d’oiseau singulière, pratiquant le parasitisme de couvée. Pas bête la bête, afin d’économiser de l’énergie, le coucou gris pratique une technique consistant pour la femelle à subtiliser un œuf dans le nid d’une autre femelle d’une autre espèce (dans le film, un rouge-gorge) et à y pondre l’un des siens de sorte que la mère adoptive retrouve faussement le même nombre d’œufs et continue de couver tranquillement. Grand malheur pour sa couvée, l’œuf de substitution, qui éclot avant les autres, les chasse du nid en les faisant tomber au sol, de sorte que le coucou, aussitôt né, aussitôt fait, pourtant encore nu et aveugle, plus terrible qu’Hannibal Lecter à l’instant du petit déjeuner, devient un usurpateur et un criminel en puissance dans son nid d’adoption. Seul désormais, comme le montre le film en accéléré, alimenté en continu, objet de toutes les attentions de la mère adoptive, de semaine en semaine le voici qui grossit tellement qu’il en devient plus imposant qu’elle. Malgré la différence de taille évidente entre le coucou et la mère de substitution, ce système ingénieux finit par vivre désormais, proprement, une vie de système aussi belle qu’autonome une fois placée sur orbite, la scène se terminant sur un dernier plan animalier, tête du rouge-gorge dans la gueule du coucou, prête à être dévorée…
Cette piste est transposable à l’aventure humaine. Vivarium décrit le parasitisme d’Homo sapiens par ce qui pourrait être un autre représentant du genre Homo. Mais cette nouvelle espèce mutante, capable de produire des mondes virtuels qui sont des prisons réelles, n’a d’autre caractéristique que d’imiter l’Homme comme un perroquet. Un bébé est apporté au couple sans enfant dans un carton…
refusent d’être « père » et « mère ». Pourtant ils n’ont pas d’autre choix que de couver le marmot : « élevez cet enfant et vous serez libre ». Mensonge car la liberté annoncée se résume à crever au fond d’un trou mais il est probable que si Gemma avait laissé Tom tuer le garçon, la nourriture aurait cessé d’être livrée et ils seraient morts de faim… parce que les humains ne sont nourris que pour pouvoir nourrir à leur tour le petit d’une autre espèce. Que la nourriture (sans goût, surgelée) soit livrée de l’extérieur indique que le problème de l’espèce mutante n’est pas la recherche de nourriture mais l’impossibilité de construire un foyer. Il est probable que le bébé soit le résultat d’un clonage ou autre type de reproduction asexuée. Dans l’impossibilité pour le modèle d’élever son double, il doit pour assurer sa descendance, c’est-à-dire se reproduire à l’identique, recréer artificiellement les conditions d’une cellule familiale. Retenons que l’enseignement n’est pas prodigué par les parents adoptifs, mais par un étrange téléviseur et un livre encore plus étrange écrit dans une langue secrète…
Vivarium plonge le spectateur éberlué dans un épisode hyper-cérébral de Twilight Zone, avec suffisamment d’indices pour décrypter le sens général et sa dose indispensable de mystères irrésolus. L’idée est géniale, pas seulement le scénario mais le concept – car c’est un film très abstrait – et la réalisation audacieuse se maintient à la hauteur de l’idée. Sur le plan visuel, le recours au numérique, partie prenante du récit, est pleinement justifié au-delà des effets spéciaux. Le redoublement de l’espace par des tableaux représentant la maison dans la maison ou la chambre à coucher dans la chambre à coucher est à rapprocher de la forme des nuages qui ressemblent seulement… à des nuages et jamais à autre chose. Ce monde est une prison ultime…
Critique de : Mika Laruelle

Complément d’infos :

Vivarium Horror, Mystery, Sci-Fi | Mars 27, 2020 (Ireland)
Réalisateur: Lorcan Finneganscénariste: Lorcan Finnegan, Garret ShanleyActeurs: Imogen Poots, Danielle Ryan, Molly McCannSynopsis: A young couple is thinking about buying their starter home. And to this end, they visit a real estate agency where they are received by a strange sales agent, who accompanies them to a new, mysterious, peculiar housing development to show them a single-family home. There they get trapped in a surreal, maze-like nightmare. ?Sitges Film Festival

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Note : 4.5/5 Critiques de films

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Grand passionné de Films d'horreur et fantastique depuis des décennies Rédacteur, Critique, Webmaster ainsi que de la création de futurs projets et évènements ayant rapport avec le cinéma d'horreur en Belgique .

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